La tontine: et si l'économie du partage et le crowdfunding étaient nés dans les pays du Sud?

Tontine ? Ce mot ne vous dit rien ? Peut-être connaissez-vous ce concept sous d’autres noms ? Kye (en Corée), Consorcio (au Brésil), Cunduira (au Mexique), Pasanaku (en Bolivie), Susu (Trinidad et Tobago), Hui (Chine).

Il s’agit tout simplement d’une association de personnes (souvent informelle) qui décide de cotiser ensemble pour financer des projets individuels ou collectifs. Le mot tontine vient de Lorenzo Tonti, banquier napolitain qui proposa ce système à Mazarin (XVIIè siècle).

Les populations de pays du Sud et surtout les femmes, particulièrement boudées par les banques, ont très rapidement décelé les opportunités individuelles et collectives de ce mode de financement collaboratif.

Plus qu’une tirelire commune, la tontine donne lieu à des rassemblements hebdomadaires ou mensuels, prétexte au partage d’un repas et à des discussions sans fins faim.

Très utilisée en Afrique comme en Asie, la tontine fait également des adeptes en France.

Une amie l’utilise et moi-même me laisserais bien tonter par une petite tontine à l’occasion. En pratique, c’est très simple. On distingue la tontine rotative de la tontine à accumulation.

Pour la tontine rotative, les membres de l’association fixent le montant des mensualités (ou autres fréquences). A chaque versement, chaque mois par exemple, un des participants est choisi pour être le bénéficiaire des fonds de l’ensemble des participants. Soit le bénéficiaire est désigné par tirage au sort, soit l’association étudie chaque projet d’investissement pour établir l’ordre. A la fin du cycle, quand tous les participants ont touché leur fonds, un second cycle est entrepris pour changer l’ordre et hop “Les derniers seront les premiers” (hâte de me faire chambrer sur mes references musicales).

Le fonctionnement de la tontine à accumulation est assez différent. L’argent n’est pas redistribué chaque mois mais accumulé jusqu’à ce que les membres décident de récupérer leur part. Entre temps, l’argent a été investi par certains membres (ou tous) sous forme de crédit. Elle sert donc d’épargne à certain, de crédit à d’autres et même d’assurance.

Alors rendons à César ce qui est à César: si KissKissbankbank, babyloan, et autres sites de crowdfunding et financement participatif ont innové, ce n’est qu’en répliquant les fondements de la tontine et ses dérivés sur Internet.

KKBB + BYDC = tontine. CQFD. 

Anais (texte)

Brett Matthews (photo principale)

Anne Montaye Mercier (autres photos)

Date de publication: 

Lundi, Janvier 28, 2013 - 12:30